Signification et interprétation du Pape

Cinquième atout du Tarot et miroir masculin de la Papesse, le Pape incarne traditionnellement la sagesse, la protection et la morale. Il est le médiateur entre l’homme et Dieu, le lien entre les royaumes matériel et spirituel. La modernité en fera un « hiérophante ». 


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Significations initiatiques et/ou divinatoires du Pape

Tarot d'Oswald Wirth
Tarot d’Oswald Wirth (1889) ; tarot Rider-Waite (1909) ; tarot de Marseille de Grimaud (1930) ; Alchemical Tarot, Robert M. Place (1995-2008). 

Qualités : Homme sage, homme de pouvoir ou de haut rang. Homme mûr. Un maître, un enseignant, un directeur de conscience. De bons conseils. La morale et l’éthique. Mansuétude. Équité. Équilibre. Protection. Confiance. Compétence. Obéissance. Puissance spirituelle. 

Défauts : Dogme. Autoritarisme. Abus de pouvoir. Rigidité. Idées obsessionnelles. Paternalisme.

Amours & Relations : Relation bénéfique. Fidélité. Relation maritale. 

Travail & Argent : Emploi stable. Responsabilités. Reconnaissance ou évolution professionnelle. Stabilité financière. Placements judicieux. 

Ésotérisme et Magie : L’initiateur, le maître, le sage, le guide. La spiritualité. 

Message : Seule l’intégrité garantit la solidité d’un projet. 

Rappelons que les cartes, oracles ou tarots, sont des supports de voyance et non des distributeurs de réponses automatiques. Interpréter une carte (ou une association de cartes) hors contexte, comme si celle-ci possédait un sens absolu, est la meilleure façon de passer à côté du message. Néanmoins, certaines combinaisons d’atouts peuvent donner des orientations :

Le Pape + Le Bateleur : Études, enseignement, formation professionnelle. Quelque chose de nouveau. 

Le Pape + Papesse : La famille. Les grands-parents. Sagesse. Bons conseils. Entourage bienveillant. Aide. Transmission d’un bien ou d’un savoir. Profession médicale, vocation spirituelle. Prévoyance.

Le Pape + L’Impératrice : Enseignement. Apprentissage. Retenir les leçons d’une expérience. Sagesse. Réunion de famille. Partage de biens. Vente d’un bien. Personnes âgées. Relation amoureuse avec un partenaire plus âgé ou plus sage. 

Le Pape + L’Empereur : Commandement. Donner des ordres. Être à la tête d’un groupe. Directeur. Homme d’autorité. Banque. Investissements financiers avisés. Salaire ou prime. Partenaire amoureux plus âgé. Relation sérieuse. Légalisation de la relation. 

Le Pape + Les Amoureux : Influence d’un homme protecteur ou paternel. Indécision sentimentale. Hésitations professionnelles. Litiges autour d’un contrat. 

Le Pape + Le Chariot : Ambitions professionnelles. Chaos psychologique ou moral. Confusion. Paraître et vanité. 

Le Pape + La Justice : Dogmatisme. Rigueur. Issue inéluctable. Droit. Enseignement. Justice. Vieillesse et maladies liées à l’âge. Engagement professionnel à long terme. Projet sur la durée. Relation sécurisante ou étouffante. 

Le Pape + L’Hermite : Humanisme. Don de soi. La quête spirituelle. Changement de cadre relationnel. Ruptures ou réconciliations avec l’entourage (notamment familial). Prudence, recul et réflexion. Changement de milieu social ou affectif. Philosophie et psychologie sociales.

Le Pape + La Roue de Fortune : Direction d’une entreprise, d’un groupe ou d’un projet. Autorité et pouvoir. Évolution dans une ou des relations. Contraintes professionnelles. 

Le Pape + La Force : Maîtrise de la situation. Équilibre. Harmonie dans la famille. Discipline. Volonté. Maîtrise de soi. Organisation. Vous avancez dans la bonne direction. Situation matérielle stable. Sagesse dans la gestion des finances. 

Le Pape + Le Pendu : Sacrifice. Situation délicate. Blocages externes ou internes. Régression. Entropie. Stagnation amoureuse ou affective. Tristesse dans l’entourage. Une vieille demeure. Une entreprise qui stagne ou périclite. Difficultés financières. 

Le Pape + La Mort : Difficulté à prendre les choses en main. Fuite des responsabilités. Transformation majeure. Métamorphose radicale. Rupture amoureuse probable. Héritage spirituel. 

Le Pape + La Tempérance : Évolution positive. Communication. Échanges. Écoute. Relation sereine et enrichissante. Travail en groupe harmonieux. Manipulation psychologique. Commerce. Fructification d’un investissement. Apport financier. 

Le Pape + Le Diable : Magnétisme sexuel. Maîtrise des instincts. Désillusion. Révélation d’un mensonge. Fin d’une situation douloureuse ou malsaine. Résolution d’une crise. 

Le Pape + La Maison Dieu : Chute. Accident. Bouleversement négatif. Situation très instable. Perte financière ou perte d’emploi. Éloignement géographique. Rupture.

Le Pape + L’Etoile : Passe-temps et loisirs. Distractions. Relations agréables et sincères. Confiance. Transmission d’un savoir. Déléguer une tâche. Les informations ou la communication à distance (téléphone, internet, etc.). 

Le Pape + La Lune : Maturation. Convalescence. Repos. Doutes. Introspection. Nostalgie. Les souvenirs. Le royaume des rêves. 

Le Pape + Le Soleil : Les enfants. Longues amitiés. Fraternité. Élégance. Le domaine de la mode. Le luxe et l’apparat. Profession impliquant des enfants ou des adolescents. Petites sommes d’argent. Franc-maçonnerie.

Le Pape + Jugement : Prise de conscience importante. Convalescence. Remise en forme. Disputes sans importance, agitation. Le mouvement de la vie. Renaissance. Promotion professionnelle. Rencontres. 

Le Pape + Le Monde : Intelligence supérieure. Équilibre parfait. Joie. Vocation professionnelle ou mystique accomplie. Rencontre amoureuse décisive. Le grand amour. L’épanouissement dans la demeure ou la famille. La réponse ou la clef. 

Le Pape + Le Mat : Coup de chance ou de malchance. Destin. Le cours des événements dépend de facteurs extérieurs. 

Quelques associations avec trois cartes : 

Le Pape + La Papesse + Le Diable : Grave trahison.

Le Pape + La Papesse + La Justice : Importantes démarches administratives ou juridiques. Paperasse.

Le Pape + L’Impératrice + Les Amoureux : Mariage ou divorce. Officialisation d’une relation.

Le Pape + Le Pendu + La Mort : deuil ou dépression dans l’entourage. Crise relationnelle. 

Symbolisme de l'arcane du Pape dans le Tarot

« Dans la collection des talismans de Paracelse, Jupiter est représenté par un prêtre en costume ecclésiastique, et dans le tarot il est figuré par un grand hiérophante, coiffé de la tiare à trois diadèmes, tenant en main la croix à trois étages, formant le triangle magique et représentant à la fois le sceptre et la clef des trois mondes. »

Dogme et Rituel de la Haute Magie, Eliphas Lévi.

Un homme âgé, assis sur un trône et coiffé d’une triple tiare, tient une croix papale d’une main et fait un geste de bénédiction de l’autre. Dans quelques variantes de cet atout, des prêtres, des moines tonsurés ou des enfants (probablement des servants de messe), se tiennent devant lui. 

Le Pape - Tarot de Marseille
Tarot Visconti-Sforza (Pierpont-Morgan, vers 1451) ; tarot dit de Charles VI (fin du 15e siècle) ; tarot de Jacques Vieville (vers 1650).

Les attributs reconnaissables du Pape sont la croix à triple traverse, les clefs et la triple tiare.

Tandis que la croix à double traverse est le signe distinctif de l’archevêque, la croix à trois barres horizontales ne peut être employée par nul autre que le souverain pontife, ces trois barres symbolisant ses trois royaumes d’autorité, entre lesquels il joue le rôle de médiateur : l’Église, le monde et le ciel. 

Les clefs sont, bien entendu, celles de saint Pierre, représentées sur le blason du Vatican, et figurant les clefs du royaume des cieux, évoquées en Matthieu 16 : « Et moi, je te dis que tu es Pierre et que, sur cette pierre, je bâtirai mon Église et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elles. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur terre sera délié dans les cieux » [1]. 

Enfin, emblème du Saint-Siège, la tiare pontificale, appelée aussi « trirègne » est constituée de trois couronnes superposées, symbolisant originellement la triple fonction de « Père des rois », « Régent du monde » et « Vicaire du Christ » (d’autres interprétations lui ont été conférées, plus ou moins politiques ou spirituelles suivant les époques).

Armoiries du Vatican
Armoiries du Vatican sur lesquelles on voit les clefs croisées d’or et d’argent et la tiare papale surmontée d’une croix.

Ci-dessous, nous voyons, sur une célèbre fresque de Giotto, une tiare de forme conique, dont l’origine se perd dans l’antiquité tardive et qui ne sera remplacée par la triple couronne que vers 1315 ; jusqu’au 15e siècle, les deux variantes seront d’ailleurs utilisées concurremment par les artistes. Ce tableau, datant de 1306, est une allégorie intitulée Fides, le terme latin désignant « la foi ». Des personnifications de la Miséricorde (selon la définition de l’Église, « la bonté par laquelle Dieu fait grâce aux hommes, aux pécheurs »), dotées des mêmes attributs, lui succéderont. Par ailleurs la Vierge de Miséricorde est elle-même parfois couronnée d’une tiare identique :

Fides, Giotto di Bondone (1306).

La carte du Pape pourrait donc bien être, à l’instar de la Papesse, la figuration abstraite d’une qualité, telle que la Foi ou la Miséricorde Divine

À noter que les attributs de ces deux cartes ont occasionnellement été intervertis. Ainsi que le souligne l’auteur du blog Le Monde des Tarots Anciens : « On trouve aussi toutes sortes de « types mixtes ». Par exemple, le personnage assis type « papesse » tient une crosse et non pas un livre, et parfois ... Les clefs de Saint Pierre qui en font un « pape ». Ou bien alors le « type pape » tient un livre et non pas une crosse ; il est assis et non plus debout bénissant et la papesse, pour une fois, debout. Ces types mixtes semblent avoir été beaucoup plus présents dans les débuts (15e siècle italien en particulier) » [2].

La Papesse et le Pape du feuillet Rosenwald (sont nommés « feuillets Rosenwald », deux planches non découpées se trouvant dans la collection Rosenwald à la National Gallery of Art de Washington. Ces cartes, datant du début du 15e siècle, viennent probablement de Florence).

La carte du Pape a occasionnellement emprunté les traits de personnages historiques — ce qui n’exclut pas l’interprétation allégorique que nous venons d’évoquer. Ainsi le tarot dit « de Charles VI » [3] offre un portrait d’Eugène IV, qui fut pape de 1431 jusqu’à sa mort, en 1447 :

Tarot de Charles VI
Tarot de Charles VI (15e siècle) ; portrait du pape Eugène IV, d’après Jean Fouquet, 1568.

Sous la réforme, la carte subit diverses transformations. Le tarot de Besançon le métamorphose en Jupiter, tandis qu’une variante du tarot de Jacques Viéville lui octroie la silhouette de Bacchus, pour caricaturer ses appétits temporels :

Tarot de Besançon
Tarot de Besançon (Jean-Pierre Laurent, 1760, Belfort) ; tarot de François-Jean Vandenborre (vers 1780, Belgique).

Dans son fameux exposé sur le tarot, le français Antoine Court de Gébelin, qui débuta sa carrière comme pasteur protestant, substitua les termes de « Grand-Prêtre » et « Hiérophante » à celui de « Pape ». Du grec hieros, « sacré » et phaïno, « faire connaître ; mettre en lumière », le terme « hiérophante » s’applique aux prêtres de l’antiquité grecque, particulièrement à ceux qui présidaient aux mystères d’Éleusis. Il est « celui qui montre les choses sacrées ». Dans l’ésotérisme, l’hiérophante est donc celui qui confère l’initiation, le maître ou le guide. 

Dans le volume VIII de son ouvrage, le Monde Primitif, paru en 1781, Court de Gebelin assigne en effet au tarot des contenus ésotériques et une origine antique, précisément égyptienne. Bien que filant des prémisses erronées, ce texte va initier l’ère des interprétations divinatoires et initiatiques du jeu, notamment de ce qui sera appelé « les arcanes majeurs » (à savoir les 22 atouts), et avoir une influence conséquente sur les auteurs ultérieurs. À propos du Pape, Court de Gébelin écrit : « Le numéro V représente le Chef des Hiérophantes ou le Grand-Prêtre. Le numéro II, la Grande-Prêtresse ou sa femme : on sait que chez les Égyptiens, les Chefs du Sacerdoce étaient mariés […]. Quant au Sceptre à triple croix, c’est un monument absolument égyptien [qui] a rapport au triple Phallus qu’on promenait dans la fameuse Fête des Pamylies […] et où il était le symbole de la régénération des Plantes et de la Nature entière ».

Par la suite, les tarots continueront à hésiter dans l’intitulé de cette carte entre « Le Pape » et « Le Hiérophante ». Cette dernière appellation fut notamment reprise par Arthur Edward Waite, en 1909, qui placera, en miroir de la carte de la Papesse, le personnage entre deux piliers : les fameuses colonnes Jakin et Boaz à l’entrée du temple du Jérusalem et/ou les deux piliers de l’Arbre de Vie kabbalistique. Le Pape pointe toujours deux doigts, mais, cette fois-ci, vers le ciel. 

Hé en hébreux

La lettre traditionnellement associée à cette lame est le Hé, cinquième lettre de l’alphabet hébraïque, renvoyant au « souffle de vie » ou au « souffle divin » et de là, au premier cri de l’enfant qui naît et à la prière. Elle est présente deux fois dans le nom divin. « D’après l’exégèse biblique, le signe « Hé » est l’instrument de la création et de la vie : une lettre Hé de petites dimensions apparaît dans le mot « béhébaram », (Genèse, chap 2 vers 4), mot qui veut dire que « Dieu créa les vivants avec le Hé ». De même, après avoir scellé l’alliance qui le lie au divin par la chair, le patriarche Abram reçoit un signe Hé dans son nom. Il devient alors Abraham, le père des nations monothéistes » [4]. 

Crowley l’associe, quant à lui, au Vav, qui symbolise un crochet, c’est-à-dire le lien entre le spirituel et le matériel, entre le cœur et l’esprit, faisant porter l’accent sur le rôle de médiateur du Pape. 

Tarot d'Oswald Wirth
Tarot d’Oswald Wirth (1889) ; tarot Rider-Waite (1909) ; tarot de Marseille de Grimaud (1930) ; Alchemical Tarot, Robert M. Place (1995-2008). 

Sources et notes

[1] :  Matthieu, 16, 18-19. Traduction Louis Segond.
[2] :  « Iconographie : type mixte Pape / Papesse ? », sur le site Le Monde des Tarots Anciens.
[3] :  Ce Tarot fut faussement attribué à Charles VI. Il s’agit, en fait, d’un jeu datant de la seconde moitié du 15e siècle et qui aurait peut-être vu le jour à Bologne.
[4] :  Extrait de Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique, de Solange Sudarskis, Dervy, 2017.

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